L' Histoire d'Anne de Bretagne , 2 fois Reine de France !!!
Anne de Bretagne, épouse de deux rois Valois, Charles VIII puis Louis XII, demeure un personnage populaire de l’histoire bretonne et française à l’aube de la Renaissance. Mais connaît-on si bien cette reine entourée de mystères et de paradoxes? Passage en revue des grandes idées reçues qui gravitent autour d’elle, avec sa récente biographe, Claire L’Hoër.
« Faux, du moins si l’on s’intéresse à son ascendance. Même si Anne a vu le jour en 1477 au château de Nantes, aucun de ses parents n’était breton. Sa mère, Marguerite de Foix, était originaire du sud de la France actuelle et avait beaucoup de liens avec la péninsule ibérique. D’ailleurs, de nombreux Espagnols étaient présents dans l’entourage d’Anne et elle pouvait leur parler dans leur langue. Du reste, on peut noter qu’il y avait une importante communauté espagnole à l’époque à Nantes, qui était un port très ouvert sur le monde. Quant au père d’Anne, François II, il avait certes un grand-père duc de Bretagne, mais il était lui-même originaire d’Île-de-France, plus précisément d’Étampes, au sud de Paris. Ses droits sur le duché avaient été confortés par son premier mariage avec la fille aînée du duc François Ier de Bretagne, morte plusieurs années avant la naissance d’Anne.
Dernier point à signaler : a priori, Anne ne parlait pas breton couramment – ce qui ne veut pas dire qu’elle ne le comprenait pas du tout. Cette langue n’était pas celle de ses parents et sa nourrice venait de Rennes, où l’on parlait gallo, héritage d’une déclinaison du français mâtinée d’ancien breton. »
« Vrai, même s’il est difficile d’avoir une idée précise de son apparence physique. Sur le plus ancien portrait que nous possédons, elle avait environ 14 ans, ce qui correspond à l’année de son mariage. Les représentations d’elle, au fil de sa vie, ont été magnifiées, avec des traits qu’on ne retrouve pas forcément d’un portrait à l’autre.
On est toutefois sûr qu’elle boitait, ce qui était vraisemblablement lié à un problème de luxation congénitale de la hanche, assez répandu en Bretagne. On sait d’ailleurs qu’elle portait une chaussure avec une semelle plus épaisse afin d’essayer de lui donner une démarche plus noble. Elle faisait moins d’1,50 mètre, mais cela n’avait rien d’exceptionnel à l’époque. Enfin, sa constitution était sans doute assez fragile : il semble qu’elle ait été atteinte de tuberculose osseuse
« Vrai. Sur ce point, son apparence physique n’avait pas une grande importance : Anne a été très courtisée car elle représentait un enjeu politique considérable. Son père n’ayant pas de fils légitime, il a décidé qu’elle serait son héritière. Par conséquent, elle apporterait la Bretagne en dot à son époux. Or, à la fin du XVe siècle, le duché était une terre très riche, grâce à d’importantes ressources (sel, poisson, lin, chanvre…) et à son dynamisme commercial, source de taxes lucratives. Anne était donc un parti recherché.
Son père l'a fiancée au gré de ses alliances diplomatiques et militaires. Devenue orpheline, elle s'est mariée par procuration à Maximilien d’Autriche – héritier du Saint-Empire. Après l’annulation de ce mariage non consommé, elle a épousé le roi de France Charles VIII, puis, quelques mois après sa mort, son successeur, Louis XII.
« À nuancer. Il est vrai qu’elle n’a pas eu les mêmes rapports avec ses deux maris successifs, mais il ne faut pas oublier qu’elle n’avait pas le même âge lorsqu’elle les a épousés ! Elle n’avait que 14 ans lors de son union avec Charles VIII, mais 21 ans lors de celle avec Louis XII – cela fait une grande différence en termes d’expérience, de connaissance de la fonction de reine et des mécanismes de la Cour.
Par ailleurs, les deux rois ne lui ont pas accordé la même confiance. Sous Charles VIII, Anne de Beaujeu, la sœur aînée du roi, a contribué à entretenir une certaine méfiance envers cette fille de l’ancien ennemi du royaume, François II. Cela n’a pas empêché la reine d’avoir de bons rapports avec son premier mari. Ils organisaient des bals, participaient à des festivités et ils ont eu de nombreux enfants, très rapprochés. Toutefois, elle a peu été associée au pouvoir, même si, quand Charles VIII s’est absenté du royaume pour aller combattre en Italie, il lui a donné des responsabilités. Mais il est clair que, dans des configurations comparables, Louis XII le fera de manière beaucoup plus nette et officielle. La stature de femme d’État d’Anne sera alors plus évidente. »
« Plutôt vrai. Son père, sur son lit de mort, lui a fait promettre de ne jamais assujettir la Bretagne à la France. Ce serment a été honoré : les contrats de mariage d’Anne montrent qu’elle était soucieuse que la Bretagne ne revienne pas à l’aîné de ses enfants, mais au deuxième, de manière à maintenir la séparation entre les deux entités. »
« Vrai, mais il faut se méfier, ici, d’une approche anachronique. La monarchie se perpétue alors selon la règle de la primogéniture masculine. Autrement dit, puisque la succession impose l’existence d’un prince héritier, le rôle des reines est d’y pourvoir. Toutefois, parler de « victime d’une obsession », c’est sans doute poser un regard d’aujourd’hui sur une pratique ancienne.
Reste qu’Anne, de ses 14 ans jusqu’à sa mort, a très probablement été épuisée par l’accumulation de ses grossesses – on estime leur nombre total à quatorze, sans certitude. Seules deux filles lui ont survécu. La reine était tout de même résistante, puisqu’elle n’est pas morte en couches. En revanche, tout cela l’a sans doute exténuée, ce qui a pu faciliter l’aggravation de ses probables tuberculose osseuse et maladie de la pierre – c’est-à-dire des calculs rénaux, qui lui ont causé de très grandes souffrances avant sa mort à pas tout à fait 37 ans. »
« Vrai et faux. Anne est la dernière duchesse à avoir exercé son pouvoir, même si, normalement, elle n’aurait pas dû : en fait, elle est devenue, si l’on peut dire, « duc de Bretagne », titre usurpé puisque réservé en principe aux hommes.
Anne n’a elle-même eu aucun garçon lui ayant survécu. Après sa mort, ce n’est pas sa deuxième fille, Renée, qui a hérité du duché comme cela était prévu, mais son aînée, Claude. La raison est simple : cela n’arrangeait personne que la Bretagne aille à une cadette qui, de toute façon, était trop jeune à ce moment-là pour défendre ses intérêts.
Pour autant, cela ne signifie pas que Claude se soit intéressée à son titre de duchesse. Elle était bien plus attachée à celui de Fille de France. Après son mariage avec le futur François Ier, elle a même accepté de lui transmettre son legs breton. Ce fait peut étonner car il tranche avec la préoccupation d’indépendance qu’avait manifestée sa mère…
La fille de Renée, devenue adulte et éloignée par un mariage en Italie, finira par réclamer l'héritage de sa mère, mais il sera trop tard : l’Edit d'union, en 1532, aura intégré le duché de Bretagne au royaume de France. »
Le vœu de la duchesse Anne de Bretagne
L’écrin a été commandé par la duchesse Anne de Bretagne de son vivant afin que son cœur repose auprès de ses parents à Nantes. Selon la tradition, son corps doit rejoindre la basilique de Saint-Denis où reposent les rois et reines de France. Après sa mort en 1514, son cœur est retiré et scellé dans ce magnifique écrin. Il est ensuite transporté en grande pompe, par un convoi funéraire composé de ses conseillers et hérauts d’arme de Blois à Nantes, pendant près de deux mois. Il rejoint le tombeau de ses parents au sein du couvent des Carmes le 19 mars 1514.
Au 18e siècle, après des suspicions de disparition, les autorités nantaises demandent l’ouverture du tombeau afin de vérifier la présence du cœur. L’écrin est bien présent dans le tombeau mais le cœur s’est liquéfié. L’écrin retourne alors dans le tombeau jusqu’à la Révolution française.
Péripéties à travers les siècles
À la Révolution, il fait partie des derniers biens de l'Église saisis. Transporté à Paris, il est sauvé de la fonte et rejoint les collections de la Bibliothèque nationale. Il y est présenté au sein du Cabinet des médailles. Après de nombreuses négociations entre l'État français et les autorités nantaises, il est rendu à la Ville de Nantes et à la Société archéologique de Nantes et de Loire-Inférieure. Il sera exposé de 1886 à 1896 à la chapelle de l’Oratoire, siège du musée archéologique départemental. Il rejoint en 1896 le site du musée Dobrée, à la faveur de la fusion entre ce dernier et le musée archéologique. Depuis lors, l’écrin funéraire d’Anne de Bretagne fait partie des collections du musée Dobrée.
Après la fermeture du musée pour rénovation, il est présenté dans différentes expositions hors les murs. En 2018, à l’occasion d’une de ces expositions, il est volé avec d’autres objets exposés. Il est retrouvé quelques jours plus tard par les autorités locales. Véritable emblème du musée, il sera présenté pour la première fois depuis cet événement à l’ouverture du nouveau musée Dobrée.
Avec le « M » du dessus, ces lettres auraient constitué un monogramme dédicacé à « Mater Salvatoris », « mère du Sauveur ». L'écrin est surmonté d'une couronne, sommée de neuf fleurs de lys alternant avec neuf hermines (parfois décrites comme trèfles) ornés de filigranes. La couronne présente un texte « cvevr. de.
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